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Littérature traduite

  • Génie dans l'art, Sá-Carneiro n'a eu, en cette vie, ni joie ni bonheur. Seul l'art, qu'il fit ou sentit, lui apporta des instants de trouble consolation. Ainsi sont ceux que les Dieux ont prédestinés à leur appartenir. Ils ne sont ni chéris par l'amour, ni visités par l'espérance, ni accueillis par la gloire. Soit ils meurent jeunes, soit ils se survivent à eux-mêmes, hôtes de l'incompréhension ou de l'indifférence. Celui-ci est mort jeune, parce que les Dieux l'ont beaucoup aimé.
    Mais pour Sá-Carneiro, génie non seulement de l'art, mais de l'innovation en art, il a dû subir, outre l'indifférence qui entoure les génies, la dérision qui poursuit les novateurs, prophètes [...]. Le cirque, plus qu'à Rome qui mourait, est aujourd'hui la vie de tout le monde ; mais ses murs se sont écartés jusqu'aux confins de la terre. La gloire est pour les gladiateurs et les mimes. La décision suprême appartient à n'importe quel soldat barbare que la garde a fait empereur. Il ne naît rien de grand qui ne naisse maudit, rien de noble ne grandit qui ne s'étiole en grandissant. S'il en est ainsi, qu'il en soit ainsi ! Les Dieux l'ont voulu ainsi.
    Fernando Pessoa

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